Quel est le lien entre le TDAH et la vision?
Au cœur de notre pratique, de récents travaux scientifiques mettent en lumière une intersection fascinante : le lien intime unissant le TDAH et la vision.
Loin de se limiter à des sphères isolées, l’attention et le système oculaire dialoguent en permanence. Les recherches sur les troubles visuels et le TDAH permettent aujourd’hui de mieux comprendre ces interactions. Décryptage des dernières découvertes.
Quel est le véritable lien entre le TDAH et la vision ?
Les études neuro-ophtalmologiques récentes révèlent que les patients concernés présentent parfois des particularités dans le traitement des informations visuelles.
Les anomalies de fixation, les saccades instables ainsi que les troubles de la convergence sont notamment étudiés.Ces difficultés peuvent affecter la vision binoculaire, c’est-à-dire la capacité des deux yeux à travailler ensemble pour produire une perception visuelle unique.
Des particularités dans les mouvements oculaires
Plusieurs recherches suggèrent également des différences dans les mouvements oculaires chez l’enfant présentant un TDAH.
Le maintien de la fixation, le suivi d’une cible ou les saccades, ces mouvements rapides permettant de passer d’un point à un autre, peuvent être moins stables chez certains patients.
Quels troubles visuels sont associés au TDAH ?
Une revue systématique publiée en 2023 dans Molecular Psychiatry, portant sur 35 études et plus de 3,2 millions de participants, a notamment retrouvé une association entre le TDAH et plusieurs troubles oculaires :
astigmatisme ;
difficultés de convergence.
Des particularités de l’accommodation visuelle, qui permet à l’œil de faire la mise au point à différentes distances, ont également été rapportées.
Le rôle de la rétine et de la dopamine
De plus, la rétine, partageant une origine embryonnaire commune avec le cerveau, ouvre des perspectives inédites pour analyser le TDAH et la vision à travers des marqueurs neurochimiques liés à la dopamine. Cette piste reste toutefois exploratoire : aucun marqueur rétinien ne permet aujourd’hui de diagnostiquer le TDAH.
Lorsqu’un individu lutte pour coordonner ses yeux en vision de près, la fatigue visuelle et cognitive peut accentuer les difficultés de concentration, créant parfois un chevauchement clinique entre les troubles visuels et le TDAH.
Pourquoi réévaluer le TDAH et la vision en pratique ?
En consultation, il n’est pas rare de voir des troubles fonctionnels non détectés qui miment ou aggravent les difficultés attentionnelles.
Une personne qui peine à maintenir son regard, à coordonner ses deux yeux ou à suivre une ligne de texte adopte des comportements d’évitement, de fatigue ou d’agitation très proches de certains signes du trouble.
Quels signes visuels doivent alerter chez l'enfant ?
Chez l’enfant, plusieurs manifestations peuvent alerter :
perdre fréquemment sa ligne en lisant ;
relire plusieurs fois la même phrase ;
se frotter les yeux ;
rapprocher excessivement son visage du livre ;
se plaindre de maux de tête après une activité de près.
Ces signes ne suffisent pas à établir un diagnostic, mais peuvent justifier un examen de la vue.
Ils peuvent ensuite être pris en charge par notre équipe orthoptiste, avec une thérapie immersive MoveR.
Pourquoi réaliser un bilan ophtalmologique ?
Intégrer un bilan ophtalmologique dans le suivi d’un enfant présentant un TDAH permet d’identifier d’éventuels troubles visuels associés.
L’examen peut notamment évaluer :
l’acuité visuelle ;
la réfraction ;
la vision binoculaire ;
Un bilan orthoptique complémentaire permet, si nécessaire, d’explorer plus précisément les capacités oculomotrices et la coordination des yeux.
Une prise en charge pluridisciplinaire
Ainsi, une meilleure synergie thérapeutique entre les professionnels de l’ophtalmologie, de l’orthoptie et du suivi neurodéveloppemental permet de prendre en compte l’ensemble des difficultés du patient, de réduire la fatigue visuelle et d’améliorer son confort au quotidien.
Il est toutefois essentiel de rappeler qu’un examen ophtalmologique ne permet pas de diagnostiquer un TDAH et qu’un trouble visuel ne constitue pas une cause de ce trouble neurodéveloppemental.
En conclusion
Pour conclure, la prise en charge des dysfonctionnements oculomoteurs et des troubles attentionnels gagne à s’envisager de manière globale. Un bilan ophtalmologique et, si nécessaire, un bilan orthoptique ciblé constituent ainsi des leviers précieux pour identifier les troubles visuels associés au TDAH et apporter un soulagement concret.
Mieux comprendre les interactions entre le TDAH et la vision permet surtout de ne pas passer à côté d’une difficulté visuelle qui pourrait compliquer les apprentissages et le quotidien. En cas de gêne à la lecture, de fatigue visuelle ou de maux de tête répétés, un examen ophtalmologique permet de faire le point et d’orienter, si nécessaire, vers une prise en charge adaptée.
Sources
1. Bellato et al. (2023) – Association between ADHD and vision problems. A systematic review and meta-analysis. Molecular Psychiatry, 28, 410–422. Lire l’étude sur PubMed.
2. Demirdöğen et al. (2024) – Objective Parameters in Attention Deficit Hyperactivity Disorder: Eye and Head Movements. Journal of Attention Disorders, 28(6), 982–991. Lire l’étude sur PubMed
3. Martinez-Perez et al. (2026) – Visual Function and Potential Neurodevelopmental Ocular Markers in ADHD: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Attention Disorders, publié le 25 août 2026. Consulter la publication sur PubMed


